CHAMP DE RECHERCHE
Qu’est-ce qui permet à un être humain de rester en relation avec lui-même lorsque le temps le transforme ?
Cette question traverse depuis plus de quarante ans la recherche de Sauro Tronconi et relie mémoire, conscience, attention, automatismes, culture et transformations technologiques.
Le point de départ n’est pas l’opposition entre raison et spiritualité, tradition et science, ou être humain et machine. C’est la nécessité de distinguer des langages et des niveaux différents, pour comprendre ce que chacun peut réellement nous dire de l’expérience.
Mémoire, temps et identité
La mémoire n’est pas seulement un dépôt du passé. Elle sélectionne, relie et remanie l’expérience, contribuant à la continuité de l’identité et à la possibilité de se reconnaître au fil du temps. Le souvenir ne restitue pas un enregistrement neutre : il se reconstruit dans le présent et participe à notre manière de rencontrer l’avenir.
La recherche distingue la possession d’un récit biographique de la continuité consciente. Nous pouvons nous rappeler précisément ce qui s’est passé sans reconnaître l’état à partir duquel nous avons agi, les intentions qui nous guidaient ou les conséquences que nous continuons de produire.
La mémoire verticale
Dans l’essai Il Principio della Memoria, la mémoire verticale désigne un modèle philosophique et expérientiel. À la question « que s’est-il passé ? », il en ajoute d’autres : « qui étais-je pendant que cela se produisait ? que percevais-je ? que ne voulais-je pas voir ? quelle intention était à l’œuvre ? quelles conséquences ont subsisté ? »
Elle n’est pas proposée comme une nouvelle faculté neuroscientifique. Elle désigne une tentative d’intégrer l’événement, l’état corporel et émotionnel, l’intention, les contradictions et les conséquences, afin que le passé ne reste pas seulement une histoire racontée mais devienne une expérience disponible pour le choix.
Mémoire individuelle et mémoire culturelle
Aucune identité ne se forme seule. Langue, mythes, rites, symboles, œuvres, archives et institutions transmettent des manières de se souvenir et d’oublier. La mémoire culturelle rend un passé commun accessible, mais sélectionne aussi ce qu’une société laisse en marge.
Étudier la mémoire signifie donc observer ensemble la personne et les environnements symboliques dans lesquels elle vit. La continuité concerne non seulement la manière dont un individu se souvient de lui-même, mais aussi celle dont une culture transforme le vécu en sens partagé et en responsabilité envers l’avenir.
Attention et automatismes
Une part importante de la vie se déroule à travers des réactions, des habitudes et des états qui ne communiquent pas pleinement entre eux. Les automatismes ne sont pas une erreur : ils permettent d’agir sans délibérer sur chaque geste. Le problème apparaît lorsqu’ils continuent de gouverner alors que la situation a changé.
L’attention crée l’intervalle dans lequel le mécanisme peut devenir visible. La liberté ne consiste pas à adopter systématiquement le comportement opposé, mais à ne pas confondre répétition et destin.
Technologie et environnement cognitif
Outils, écriture, archives, plateformes et systèmes intelligents étendent différentes capacités. La question n’est pas de déléguer ou de ne pas déléguer dans l’absolu. Elle est de comprendre quand cette extension complète l’être humain et quand elle réduit l’exercice de la mémoire, du jugement et de la responsabilité.
Les environnements numériques ne se contentent pas de distribuer des informations. Ils organisent l’attention, anticipent les préférences, suggèrent des directions et interviennent dans les décisions. L’intelligence artificielle amplifie une structure préexistante, à la fois économique et liée à la conception des systèmes ; elle n’est pas décrite comme un sujet doté d’une volonté malveillante.
L’axe Recherche et IA — Conscience humaine et intelligence artificielle approfondit la mémoire, la métacognition, les biais, la délégation cognitive et la responsabilité. Il présente les matrices de développement pour systèmes intelligents comme une hypothèse de travail exploratoire.
Conscience et liberté de choix
La liberté n’est pas une indépendance absolue à l’égard des causes. C’est la possibilité, intermittente mais réelle, qu’entre stimulus et réponse apparaissent une reconnaissance, la mémoire des conséquences et plus d’une direction possible.
Cette perspective déplace la question : non pas « sommes-nous libres ou non ? », mais « dans quelles conditions s’élargit l’espace où nous pouvons voir ce qui nous conditionne et répondre avec davantage de responsabilité ? »
Avenir humain
L’horizon n’est pas l’être humain contre la machine. C’est l’évolution des capacités humaines dans un environnement peuplé de systèmes cognitifs artificiels. Certaines fonctions pourront être déléguées avec profit ; d’autres devront être exercées, repensées ou protégées pour rester vivantes.
L’avenir dépendra aussi de la qualité des environnements que nous construirons : quelles formes d’attention ils récompenseront, quelles dépendances ils rendront avantageuses, quelle mémoire des conséquences ils intégreront aux décisions individuelles et collectives.
Une recherche antérieure au débat actuel sur l’intelligence artificielle
La question du rapport entre outils, informations, automatismes et conscience n’est pas née avec l’intérêt médiatique actuel pour l’intelligence artificielle. Au début des années 2000, Al di là del peccato di incoscienza posait déjà le problème de l’écart entre développement technologique et évolution de la conscience. Revenir en arrière était considéré comme impossible et insensé ; l’enjeu était la capacité à recevoir des informations, à les traiter et à les transformer en compréhension.
En 2010, Sauro Tronconi a cosigné une étude pilote sur la conscience de soi publiée dans Psychological Reports et indexée dans PubMed. Au cours des années suivantes, livres, articles, conférences et séminaires ont développé les thèmes du rappel de soi, des états, des automatismes, de la mémoire et de l’attention.
En 2026, Zombificazione digitale a étendu cette recherche aux environnements conçus pour capter l’attention. Il Principio della Memoria en approfondit le versant complémentaire : comment l’expérience peut devenir continuité, conscience et choix.
La page consacrée à la Méthode Self en documente les origines et le développement dans le parcours de recherche de Sauro Tronconi.
Les œuvres dans le parcours de recherche
Il Principio della Memoria. Tempo e nascita della coscienza
Étudie comment des expériences dispersées peuvent devenir une continuité personnelle.
Zombificazione digitale
Observe l’environnement qui peut fragmenter l’attention, la mémoire et le choix.
La specie inaffidabile oriente l’enquête vers la responsabilité individuelle et collective et vers la capacité à corriger les erreurs. Ces essais s’inscrivent dans un parcours plus large, comprenant aussi la connaissance de soi, la vie intérieure et l’écriture de fiction.
Les œuvres conservent chacune leur autonomie. La bibliographie en documente le développement dans le temps ; la page Parcours présente l’auteur, les expériences et les rencontres qui ont nourri cette recherche.
Écriture de fiction et pratique de la présence
La recherche prend également forme dans l’écriture de fiction, où situations et personnages permettent de suivre une question sans l’épuiser dans une définition. Le travail en séminaire la porte dans l’observation, les pratiques de l’attention et les échanges entre personnes. Chaque forme conserve son langage et le contexte dans lequel elle est née.
Le traitement des sources
Dans le travail de Sauro Tronconi, données scientifiques, interprétations philosophiques, hypothèses, traditions culturelles et expériences personnelles ne sont pas présentées comme si elles avaient le même statut.
- Données scientifiques : résultats et méthodes étayés par des sources primaires et une littérature pertinente, sans étendre la conclusion au-delà de ce que permettent les données.
- Interprétation philosophique : lien conceptuel proposé par l’auteur et présenté comme tel.
- Hypothèse de recherche : idée exploratoire, ouverte à la vérification, à la discussion ou à la réfutation.
- Tradition culturelle ou contemplative : mythe, doctrine, pratique ou symbole situé dans son contexte, sans être transformé en preuve scientifique.
- Expérience personnelle ou en séminaire : observation phénoménologique pouvant orienter des questions, sans devenir automatiquement une loi générale.
Cette distinction n’appauvrit pas le dialogue entre disciplines. Elle le rend possible et vérifiable.
Dialogue et collaborations
La recherche est ouverte aux échanges avec les éditeurs, journaux, universités, festivals, fondations, institutions et centres de recherche. Les principaux domaines de collaboration concernent la mémoire et l’identité, l’éducation de l’attention, l’environnement numérique, l’intelligence artificielle et la délégation cognitive, la culture et l’avenir humain.